UNE IDEE SUR L'HISTOIRE DU MAROC

Les origines du Maroc


Le Maroc est riche en vestiges paléolithiques (galets aménagés, bifaces acheuléens, faciès moustériens), dont des pointes atériennes spécifiques de l’Afrique du Nord (jusqu’à moins 10 000 ans environ) et du Sahara.
Les populations qui s’installèrent peu après dans la région étaient probablement originaires d’Europe et d’Asie, et donnèrent naissance aux ancêtres des Berbères. On sait peu de choses de ces peuples, dont la langue dite libyque est quasi indéchiffrable et présente des similitudes avec le Tifinagh des Touareg.
L’histoire du Maroc est d’abord celle d’établissements étrangers dans les zones littorales ; les Phéniciens fondèrent des comptoirs de commerce sur la côte méditerranéenne d’Afrique du Nord au VII ème siècle av. J.-C. sur des sites portant des noms d’origine berbère et devenus de grands ports, tels Tingi (Tanger), Casablanca ou Russadir (Melilla). Bien que l’on attribue aux Carthaginois l’introduction du fer et la culture de la vigne, la civilisation phénicienne resta marginale, et son influence semble ne pas avoir beaucoup pénétré à l’intérieur des terres où des royaumes berbères furent fondés : celui de Maurétanie, apparu au IVe siècle av. J.-C. dans le nord du Maroc, et celui des Masaesyles, à l’est

  La conquête arabe

Après la conversion de l’empereur Constantin Ier le Grand, au IV ème siècle, le christianisme s’était développé dans les régions romanisées, c’est-à-dire essentiellement les villes et les plaines côtières. Cependant, ces régions qui supportaient mal l’omnipotence des fonctionnaires de l’Empire et l’extrême centralisation du système, allaient faire bon accueil aux idées d’indépendance financière et commerciale apportées par l’islam.
Il semble que, dans leur offensive contre les Byzantins, les troupes arabo-musulmanes conduites par Oqba ibn Nafi atteignirent l’Atlantique dès 681. Mais les tribus berbères montagnardes (confédération des Masmouda, établis dans le Haut-Atlas occidental, l’Anti-Atlas, le Rif et les plaines atlantiques, des Sanhadja, du Moyen-Atlas, et des Zenata, du Maroc oriental), qui n’avaient pas plus accepté la domination de Byzance que celle de Rome, les obligèrent à se replier.

La véritable conquête débuta une vingtaine d’années plus tard, entre 705 et 707, sous la direction de Musa ibn Nusayr qui sut habilement jouer des clivages entre tribus berbères. Prônant l’égalité entre tous les croyants, les tenants de la nouvelle religion manquaient de cadres administratifs ; ils les trouvèrent souvent chez les « mawalis » (affranchis, clients), lettrés chrétiens et juifs autochtones, des Berbères pratiquant le judaïsme, dont beaucoup finirent par se convertir, échappant ainsi à l’imposition qui touchait les « dhimmis » — les gens du Livre, chrétiens et juifs, protégés par l’islam, mais soumis à des taxes pour compenser l’interdiction qui leur était faite de porter les armes. L’implantation arabe fut cependant longue et difficile.

Plusieurs dynasties musulmanes, se référant pour des raisons religieuses et de prestige à une origine arabe, régnèrent alors sur le pays. Pourtant, la résistance à l’islamisation et à la domination arabe fut vive dans certaines régions berbères. Elle prit notamment la forme du kharijisme, un mouvement musulman contestataire et égalitaire s’appuyant sur une stricte lecture du Coran et récusant le mode de succession du califat, qui privilégiait l’appartenance à la lignée du Prophète ou à celle des premiers compagnons (Ansars). En 742, une révolte ébranla les montagnes marocaines. Dans le Tafilalet (région actuelle d’Erfoud, dans le Sud-Est), un royaume kharijite subsista longtemps avec pour capitale Sijilmassa, comptoir commercial au croisement des routes d’échanges entre les empires de l’Afrique noire — Ghana puis Mali — et le monde musulman.

En 788, Idris Ier, descendant d’Ali, gendre du Prophète, qui avait fui l’Arabie, fonda la dynastie des Idrissides. C’est de cette époque que date la fondation de la ville de Fès, qui devint un important centre religieux et intellectuel sous le règne d’Idriss II. À sa mort en 828, le royaume idrisside entra dans une période de déclin. Alors que l’Est subissait les raids des nomades, les Fatimides chiites d’Égypte et les Omeyades de Cordoue, profitant des divisions internes qui affaiblissaient la dynastie, rivalisaient pour étendre leur domination sur le Maroc. Les Fatimides portèrent le coup fatal à la dynastie Idrisside en 917 ; le redressement se produisit depuis le Sahara.

 Les premières dynasties berbères

Les Almoravides (de l’arabe al-Murabitun ; le murabit était celui qui pratiquait la défense de l’islam par les armes et menait une vie pieuse, les ribat étaient des couvents fortifiés installés sur la ligne de front entre l’islam et les non-musulmans), guerriers rigoristes de l’islam, dont le mouvement était né dans le sud de la Mauritanie actuelle parmi les nomades Sanhadja, allaient dominer la région à partir de 1062, date à laquelle ils fondèrent Marrakech, au carrefour des routes commerciales entre le monde arabe et le Sahara. Leur expansion se fit à la fois en direction de l’Espagne musulmane, où ils avaient été appelés par une des factions musulmanes au pouvoir, et de l’Afrique noire. En 1086, ils battaient, à Zellaca, le roi Alphonse IV. Au sud, ils emportaient, en 1077, une victoire décisive sur l’empire du Ghana, prenant ainsi le contrôle du commerce de l’or.

Au début du XII ème siècle, l’empire almoravide comprenait l’Espagne musulmane, le Maghreb occidental et central ainsi que le Sahara. Mais un nouveau mouvement réformateur, lancé par Ibn Tumart dans la première moitié du XIIe siècle, se dressa contre eux. Ce dernier luttait contre toute déviation et prêchait l’unicité de Dieu. La venue au pouvoir de ses disciples, les Almohades (de l’arabe al-muwahhidun, les Unitaires) en 1147, marqua le triomphe des Berbères sédentaires de l’Anti-Atlas sous l’égide d’Abd al-Moumin (1130-1163). À l’apogée de leur puissance, les Almohades exercèrent leur autorité sur l’actuelle Algérie, la Tunisie, la Libye, ainsi que sur une partie du Portugal et de l’Espagne. Le Maghreb musulman en profita pour se libérer également de la tutelle de l’Orient.

En 1212, la bataille de Las Navas de Tolosa, sur le sol espagnol, au cours de laquelle les armées chrétiennes vainquirent les troupes musulmanes, marqua le début du déclin des Almohades et de l’Espagne musulmane. Les Beni Merin, des Berbères arabisés qui avaient été poussés vers le sud du Maroc par les invasions arabes, en profitèrent pour se soulever. En 1269, les Mérinides parvinrent à s’imposer sur le trône ; ils fixèrent leur capitale à Fès, qu’ils firent doubler par une nouvelle cité, Fès el-Djedid (Fès-la-Neuve). Les Mérinides ne purent cependant maintenir l’empire maghrébin des Almohades. Ils perdirent le contrôle des routes sahariennes et s’engagèrent dans de coûteuses opérations militaires dans la péninsule Ibérique, luttant contre l’avancée des princes chrétiens ou prenant parti dans les conflits entre princes musulmans. La Reconquista (« reconquête ») gagna bientôt le territoire marocain lui-même. Espagnols et Portugais se partagèrent les côtes en zones d’influence : les rivages méditerranéens revinrent à l’Espagne, et le littoral atlantique échut au Portugal. En 1415, le port de Ceuta fut pris aux musulmans andalous par les Portugais ; Melilla tomba aux mains des Espagnols en 1497.

 Les dynasties chérifiennes

La progression des Européens provoqua le sursaut des Beni Saad (ou Saadiens). Se réclamant de la lignée du Prophète, ces chérifs, ou chorfas (titre donné par les musulmans aux descendants de Mahomet par Ali et Fatima), étaient établis au sud, dans la vallée du Sous, autour de Taroudant. Ils menèrent la guerre sainte (Djihad) contre les Portugais, qu’ils chassèrent d’Agadir en 1541, puis de Safi. Ils s’attaquèrent ensuite aux successeurs des Mérinides, les Wattassides. En 1549, ils s’emparèrent de Fès. Les Wattassides demandèrent l’aide des Turcs présents en Algérie, mais les Saadiens se rendirent maîtres du pays en 1554.

Prudents, les sultans saadiens adoptèrent une politique d’équilibre entre les Turcs ottomans et les Occidentaux. En 1591, les Saadiens, souhaitant obtenir les mines de sel du Sahara et l’or du Soudan, lancèrent une expédition à travers le désert contre l’Empire songhaï, établi dans la vallée du Niger. Le sultan Ahmad al-Mansur n’en retira pas l’argent espéré, mais, par la suite, les nationalistes marocains allaient s’appuyer sur cette conquête pour revendiquer toute la région comprise entre le Maroc et les rives septentrionales du Niger (Nord-Mali) et du Sénégal (Mauritanie). Le pays bénéficia de l’immigration de près d’un million de morisques (voir Maures) et de juifs expulsés d’Espagne après 1492. Le Maroc saadien était unifié et relativement prospère ; l’architecture et les arts marocains connurent un essor notable à cette époque.

Peu après l’arrivée des premiers Saadiens d’Arabie, des immigrants se réclamant de la descendance d’Hassan, l’un des deux fils d’Ali, s’étaient installés dans le Tafilalet, aux portes du désert. Utilisant le prestige que leur accordait cette ascendance alaouite, ils s’appuyèrent sur le désir d’indépendance des habitants de la région pour se poser en prétendants au trône. En 1664, Moulay Rachid fonda la dynastie alaouite, qui règne encore de nos jours sur le Maroc.
La dynastie connut son apogée sous le règne
de Moulay Ismaïl (1672-1727), le bâtisseur de Meknès. Il s’engagea dans la reconquête du pays sur les chrétiens (Espagnols et Portugais occupant des ports) et mena la lutte contre les Ottomans. Son règne fut suivi d’une longue période de rivalités familiales, ponctuées de brefs interludes de paix et de prospérité relatives.

À la fin du XVIII ème siècle, seul le tiers septentrional du Maroc restait sous l’administration du sultan : c’était le Bled el-Maghzen, pays soumis à l’impôt, donc à l’autorité chérifienne, tandis que le reste du pays se trouvait en situation de quasi-insoumission (Bled el-Siba, « pays de la dissidence »).      A suivre.  
(Informations intégrales : Encyclopédie Encarta)                                                             
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